Perspectives sur les placements du quatrième trimestre de 2025 : Perspectives des marchés pour 2026
Corrado Tiralongo - 6 janvier 2026
Le point de vue de Corrado Tiralongo, chef des placements, sur l’économie mondiale au quatrième trimestre de 2025.
Cinq forces qui façonnent l’année à venir
À l’approche de 2026, le contexte de placement continue d’évoluer sous l’effet de cinq puissantes forces. Les retombées économiques de l’intelligence artificielle (IA), la persistance d’une faible croissance en Chine, la durabilité des tensions commerciales mondiales, le passage à un assouplissement monétaire et l’intensification des pressions budgétaires façonneront le comportement des marchés. Chaque thème comporte son lot de risques, mais aussi des occasions pour les investisseurs qui continuent de faire preuve de rigueur et de diversification.
L’IA générera encore des retombées économiques, tandis que la bulle boursière continue de s’intensifier
Le lien entre l’IA et la croissance économique s’est considérablement renforcé tout au long de 2025. Les investissements dans les centres de données, les semi-conducteurs, les logiciels et la recherche ont progressé, selon une cadence à deux chiffres. Ces tendances apparaissent désormais dans les comptes nationaux. Les gains de productivité sont devenus plus évidents dans les secteurs qui adoptent l’IA, même si l’emploi dans ces secteurs a ralenti. Ces évolutions témoignent d’une véritable transformation économique, encore à ses débuts.
Toutefois, l’expression de cette transformation demeure inégale sur le marché. Les titres gagnants parmi les actions sont concentrés dans une cohorte étroite de sociétés et les évaluations continuent de repousser les limites historiques. Les investisseurs sont plus à l’écoute du signal de l’IA que de l’évolution macroéconomique dans son ensemble, une tendance typique des fins de cycle. Les prix du marché reflètent maintenant l’hypothèse d’une croissance des bénéfices en ligne droite, ce qui accroît la fragilité de cette phase du cycle.
Il est important de reconnaître qu’une forte correction des marchés boursiers, en soi, n’est généralement pas synonyme de récession. Historiquement, même une baisse de 10 % du cours des actions n’a qu’une incidence modeste sur l’activité économique. Ce qui importe, c’est de savoir si la faiblesse des marchés boursiers se répercute sur les marchés des titres de créance et resserre les conditions financières dans leur ensemble.
Le risque est que les marchés commencent à extrapoler de façon trop abrupte les gains de productivité précoces. Cela dit, les investissements réels liés à l’IA devraient rester résilients. Les technologies transformatrices font souvent l’objet de rajustements des évaluations. Pourtant, le cycle d’investissement sous-jacent tend à se rétablir rapidement, car l’intensification du capital et les gains d’efficience se poursuivent même lorsque les prix s’ajustent.
La Chine encore aux prises avec une faible croissance et de la déflation
La Chine aborde 2026 freinée par des obstacles structurels. La dynamique économique est lente, la demande des ménages demeure faible et le pays continue de composer avec un excédent d’offre et des pressions déflationnistes persistantes. Parallèlement, la politique économique continue de privilégier l’autonomie technologique, l’envergure du secteur manufacturier et la modernisation industrielle plutôt que des mesures visant à soutenir les ménages ou à rééquilibrer l’économie vers la consommation.
Il est peu probable que cette combinaison change de façon significative en 2026. Rien n’indique un effort coordonné pour hausser les revenus des ménages ou résorber les capacités excédentaires. En conséquence, la trajectoire de croissance de la Chine restera modeste et tirée par des initiatives axées sur l’offre, plutôt que par la demande intérieure. Les pressions déflationnistes liées aux capacités excédentaires continueront de peser sur les prix des biens à l’échelle mondiale, soutenant les tendances désinflationnistes dans les économies avancées.
La Chine continuera de contribuer à la croissance mondiale, mais son influence devrait se faire désormais sentir davantage par les prix que par la demande. Les rendements obligataires en Chine devraient rester proches de leurs creux historiques, reflétant la faiblesse des conditions intérieures et une préférence croissante des ménages pour les titres à revenu fixe plutôt que pour l’immobilier.
La guerre commerciale n’est pas terminée
Le commerce mondial demeure dans une période de fragmentation graduelle. Le contexte politique a évolué : on passe des partenariats multilatéraux à des politiques industrielles, des contrôles des investissements et des chaînes d’approvisionnement orientées par région. Cette tendance devrait persister en 2026. Les pays restructurent les flux commerciaux et d’investissement pour renforcer leur résilience nationale, protéger les industries stratégiques et gérer les risques géopolitiques.
L’accalmie temporaire entre les grands partenaires commerciaux en 2025 n’a pas résolu les aspects plus profonds de la concurrence stratégique. Les tensions demeurent vives dans les secteurs des technologies de pointe, des capacités industrielles, des minéraux critiques et des chaînes d’approvisionnement liées à la transition énergétique. Les pays continuent de recourir à des subventions, à des incitatifs fiscaux et à des mesures réglementaires pour sécuriser la production nationale. Les chaînes d’approvisionnement s’adaptent en conséquence, ce qui crée de nouvelles occasions et de nouveaux défis dans divers secteurs et régions.
Pour le Canada, ce contexte revêt une importance particulière. Notre faible pouvoir de négociation commerciale et notre dépendance envers les États-Unis nous rendent sensibles aux changements dans la politique américaine. La prochaine révision du cadre commercial nord-américain pourrait introduire des règles d’origine plus strictes ou des exigences de conformité supplémentaires. Même sans mesures tarifaires spectaculaires, le commerce restera politisé et imprévisible.
Ce contexte renforce l’intérêt de privilégier des secteurs et des stratégies moins dépendants des flux commerciaux mondiaux et davantage axés sur la demande intérieure, l’innovation et les thèmes de croissance structurelle.
Les banques centrales continueront d’assouplir leur politique, mais moins que les marchés l’espèrent
Le cycle de la politique monétaire mondiale a changé de cap. L’inflation a ralenti et les conditions économiques ont reculé, ce qui donne aux banques centrales une marge de manœuvre pour abaisser les taux directeurs. Toutefois, le rythme et l’étendue de l’assouplissement varieront selon les régions.
Aux États-Unis, l’inflation demeure près de 3 % et, bien que le marché du travail se refroidisse, il reste résilient. Ces conditions limitent la possibilité d’un véritable relâchement monétaire. Seules des baisses modestes semblent probables en 2026. À l’inverse, la croissance plus faible et l’inflation plus contenue en Europe et au Royaume-Uni ouvrent la voie à un cycle de détente plus soutenu. Le Japon fait figure d’exception : la hausse des salaires et une demande intérieure plus ferme laissent entrevoir la poursuite d’un resserrement graduel.
Un risque important pour les perspectives est la possibilité d’une surprise liée à l’inflation. Une demande plus forte que prévu, de nouvelles perturbations de l’offre ou des dynamiques salariales maintenant l’inflation fondamentale élevée pourraient freiner le rythme de la détente monétaire. Bien que ce ne soit pas le scénario central, une telle évolution pourrait modifier l’environnement politique d’une manière que les marchés sous-estiment.
Les investisseurs devraient également s’attendre à ce que les autorités monétaires interviennent plus fréquemment pour stabiliser les marchés obligataires lorsque les conditions financières deviennent instables. Des formes d’intervention subtiles, comme des opérations de liquidité, des rajustements réglementaires ou un ralentissement de la réduction des bilans, pourraient être utilisées pour limiter les hausses brusques des taux de rendement. Ces outils peuvent contribuer à contenir la volatilité, même si les considérations politiques influenceront de plus en plus les décisions en matière de politique monétaire.
Les pressions budgétaires continueront de peser sur les marchés
La source la plus persistante de risque pour les marchés en 2026 sera la fragilité budgétaire. De nombreuses économies avancées sont confrontées à la hausse des coûts du service de la dette, au ralentissement de la croissance nominale et aux pressions persistantes sur les dépenses. Ce qui compte le plus maintenant, ce n’est pas le niveau d’endettement en soi, mais la crédibilité de la politique budgétaire et la confiance des investisseurs dans la durabilité des finances publiques.
Les tensions budgétaires découlent souvent d’événements politiques plutôt que d’événements économiques. Les marchés réagissent lorsque des changements de leadership surviennent, que les cadres budgétaires sont remis en question ou que les signaux politiques deviennent incohérents. Dans un contexte de dette publique élevée et de hausse des coûts d’intérêt, la clarté politique et des ancrages budgétaires crédibles deviennent essentiels. Des changements brusques d’orientation de la politique monétaire ou une perception de politisation des institutions monétaires peuvent provoquer une hausse soudaine des rendements obligataires, resserrer les conditions financières et accentuer les inquiétudes sur la viabilité budgétaire.
Cela est particulièrement critique pour les pays ayant d’importants besoins de refinancement, où l’incertitude politique se conjugue à des niveaux d’endettement élevés. En 2026, les marchés surveilleront de près les signaux budgétaires, la stabilité institutionnelle et la crédibilité des engagements politiques à moyen terme.
Les gouvernements pourraient recourir davantage à des outils visant à contenir les coûts d’emprunt, comme des rajustements réglementaires favorisant la demande intérieure d’obligations, un ralentissement de la réduction des bilans des banques centrales ou des mesures de liquidité renforcées en période de tension sur les marchés. Bien que ces mesures puissent stabiliser les conditions financières, elles n’éliminent pas la nécessité de stratégies budgétaires à long terme crédibles.
Une perspective équilibrée : potentiel de hausse
Bien que de nombreux thèmes dominants pour 2026 mettent en évidence des risques, il est important de reconnaître que des scénarios favorables sont également possibles. Les économies obtiennent souvent de meilleurs résultats que prévu. Un scénario positif significatif serait que les récents gains de productivité aux États-Unis s’avèrent être le signe précurseur d’une reprise plus large et durable, stimulée par le déploiement continu des technologies d’IA. Si ces gains commencent à se diffuser dans l’ensemble des secteurs des services et s’étendent à d’autres grandes économies, les avantages pourraient être considérables. Une véritable expansion tirée par la productivité contribuerait à réduire les pressions inflationnistes, à soutenir les revenus réels, à améliorer la dynamique budgétaire et à renforcer les bases de la croissance à long terme.
Ce n’est pas le scénario de base pour 2026, mais cela demeure une possibilité prometteuse. Les périodes de forte productivité ont souvent transformé le paysage économique de manière positive et durable.
Conclusion
Les forces qui façonnent le paysage des placements de 2026 sont structurelles et persistantes.
- L’IA continue de transformer l’activité économique tout en exerçant une pression à la hausse sur les valorisations.
- La Chine reste aux prises avec une trajectoire de faible croissance et de déflation.
- Le commerce mondial demeure fragmenté. Les banques centrales font preuve de prudence dans leurs mesures d’assouplissement.
- Les pressions budgétaires s’accentuent et continueront de mettre à l’épreuve la crédibilité des politiques.
- Fiscal pressures are building and will continue to test policy credibility.
- Les vulnérabilités financières, en particulier dans l’écosystème des titres de créance privés en croissance rapide, méritent une attention particulière.
Dans ce contexte, les portefeuilles tirent avantage d’une diversification étendue, d’une gestion rigoureuse des risques et du maintien d’une exposition à l’innovation à long terme, tout en équilibrant avec des secteurs offrant de la résilience en période de tensions sur les marchés. La volatilité créera des occasions, mais une approche rigoureuse tournée vers l’avenir demeure essentielle.