Vivre sur du temps emprunté coûte plus
Corrado Tiralongo - 6 mai 2026
cher
La semaine dernière, nous avons fait valoir que la remontée du risque se faisait sur du temps emprunté. Cela semble toujours juste. Ce qui a changé, c’est la source des pressions.
Les investisseurs en actions regardent en grande partie au-delà du conflit au Moyen-Orient. Le marché a été résilient, soutenu par l’enthousiasme renouvelé à l’égard de l’IA et la conviction que les dommages économiques causés par la hausse des prix de l’énergie demeureront gérables.
Les marchés obligataires envoient un autre signal
Les taux de rendement à long terme sont revenus à leurs plus hauts niveaux depuis le début de la guerre, même si les actions ont tenu le coup. Cette divergence est importante. Les actions se comportent toujours comme si le choc allait être temporaire. Les obligations tiennent de plus en plus compte du risque que ce ne soit pas le cas. La remontée n’a pas cessé, mais le coût de son maintien a augmenté.
Le pétrole fixe toujours les conditions
Le problème fondamental demeure le détroit d’Ormuz.
L’hypothèse de base du marché a été que les perturbations de l’énergie seraient temporaires, que les banques centrales pourraient passer outre les répercussions immédiates sur l’inflation et que la croissance ne ralentirait que modestement. Elle demeure plausible, mais elle devient également de plus en plus conditionnelle.
Les prix du pétrole ne sont plus seulement une question géopolitique. Ils orientent les attentes de taux d’intérêt, de taux obligataires, d’inflation et les communications des banques centrales. Depuis le début du conflit Iran–États-Unis, la corrélation entre le pétrole brut Brent et le taux de l’obligation d’État à 10 ans des principales économies est devenue exceptionnellement forte. Les marchés obligataires se fient maintenant davantage à l’évolution des prix de l’énergie qu’aux communications rassurantes des banques centrales.
C’est le signe le plus clair que les marchés sont en train de passer du mode « regarder au-delà du choc » à celui de « tenir compte de la trajectoire de la transmission ».
Cela ne rend pas le scénario défavorable inévitable, mais signifie que le scénario de base est plus malaisant qu’il y a une semaine. Si le détroit rouvre et que les marchés de l’énergie commencent à se normaliser, les taux de rendement peuvent encore diminuer et les actifs risqués peuvent continuer de trouver du soutien. Si les prix de l’énergie demeurent élevés, les pressions ne resteront pas limitées aux marchandises. Elles se répercuteront sur les attentes inflationnistes, la réaction des banques centrales, les dépenses de consommation, les marges des sociétés et les prévisions de bénéfices.
Les marchés n’en tiennent pas encore pleinement compte, mais ils commencent à bouger dans cette direction.
Les banques centrales ont gagné du temps, mais n’ont pas éliminé le risque
Les grandes banques centrales ont fait ce que les marchés avaient besoin qu’elles fassent : elles ont maintenu les taux inchangés, ont évité de réagir de façon excessive au choc énergétique immédiat et ont indiqué qu’elles étaient prêtes à intervenir si la hausse des prix de l’énergie s’intégrait aux attentes inflationnistes.
Cela a contribué à la stabilisation des marchés, mais n’a pas réglé le problème.
La Fed a laissé les taux inchangés et a continué de privilégier l’assouplissement, mais le ton de la communication était plus ferme qu’en mars. La résistance des présidents régionaux de la Fed au maintien de ce penchant pour l’assouplissement est importante.
La Banque du Canada a également laissé les taux inchangés, mais le ton a changé. Elle a révisé la croissance à la hausse, reconnu que les attentes d’inflation à court terme avaient augmenté et prévenu que le maintien de prix élevés du pétrole pourrait nécessiter des hausses de taux consécutives.
La Banque d’Angleterre a maintenu les taux à 3,75 %, mais son analyse de scénarios était révélatrice.
La Banque centrale européenne a également maintenu les taux, mais a reconnu que les risques de hausse de l’inflation et de baisse de la croissance s’étaient intensifiés.
L’avantage du pétrole canadien s’accompagne de complications
Pour le Canada, les données sont plus contrastées.
La croissance s’est améliorée. Le PIB de février a gagné 0,2 % sur un mois1, et la croissance au premier trimestre semble avoir rebondi pour s’établir à un taux annualisé d’environ 1,5 %. Cela donne à la Banque du Canada une plus grande marge de manœuvre2.
L’extraction pétrolière et gazière a augmenté en février, mais les estimations préliminaires de mars donnent à penser que le secteur pourrait être devenu un frein.
La situation budgétaire s’est aussi améliorée. La Mise à jour économique du printemps3 a révisé à la baisse le déficit.
L’IA peut encore soutenir les marchés, mais elle ne peut pas tout porter
La remontée des actions a également été soutenue par le regain d’enthousiasme à l’égard de l’IA. Les données récentes donnent à penser que l’essor de l’IA demeure intact.
Mais les meneurs du marché sont de plus en plus exigeants.
Le marché s’appuie fortement sur les bénéfices liés à l’IA pour justifier des valorisations élevées.
Le marché doit maintenant passer à la transmission
La prochaine phase consiste moins à déterminer si les actions peuvent poursuivre leur remontée pendant encore quelques jours.
Si le détroit d’Ormuz rouvre et que les prix du pétrole reculent, les conditions devraient s’améliorer. Si la paralysie persiste, les marchés devront peut-être tenir compte d’une combinaison plus difficile de facteurs.
C’est la trajectoire de la transmission que nous surveillons.
Les marchés semblent souvent calmes jusqu’à ce que ces liens se resserrent.
Positionnement du portefeuille GPCV
Dans nos portefeuilles, nous continuons de maintenir une exposition diversifiée aux actions.
Nous continuons de considérer les actions américaines comme importantes.
Du côté des titres à revenu fixe, nous continuons d’observer de la valeur dans leur rôle de stabilisation.
Nous continuons également d’apprécier les stratégies de diversification.
C’est là que cette remontée semble encore vulnérable.
Le marché n’a pas perdu confiance, mais elle est maintenant alimentée par un ensemble plus restreint d’hypothèses.
Cela pourrait encore se produire. Mais plus les marchés de l’énergie restent perturbés longtemps, plus le temps emprunté coûte cher.
Corrado Tiralongo (il/lui)
Vice-président, Répartition de l’actif et chef des placements, Gestion de placements Canada Vie limitée
1 Statistique Canada.
2 Communiqué de presse de la Banque du Canada, 29 avril 2026.
3 Mise à jour économique du printemps 2026.